Frère Conrad Auger, c.s.c.

Missionnaire au Bangladesh
Je fus le supérieur du frère Flavien, une bonne dizaine d’années, mais je ne me suis jamais senti vraiment supérieur à lui tant sur le plan religieux qu’humain. Je l’ai connu durant 24 ans d’activités au Bangladesh, ce qu’on ne peut pas oublier facilement. C’est l’homme de qui j’ai entendu, un jour, de la bouche d’un diplomate de l’ambassade canadienne à Dhaka : « Au frère Flavien, on voudrait dire : tu es complètement fou mais c’est comme cela que je t’aime! ». Il était fou mais de la folie de la croix. De sa propre initiative, il ne prenait jamais les moyens de se faciliter la tâche; en même temps, il ne refusait jamais une assistance qu’on lui offrait. Pour lui, il importait peu que ce soit difficile, mais il importait que ce soit fait. Je me suis souvent demandé comment une constitution humaine, si forte soit-elle comme la sienne, puisse résister si longtemps à tant de fatigues, de nuits blanches, de mauvaise ou sans nourriture, et surtout à tant de contrariétés.

La principale leçon que j’ai gardée de lui est comme il le disait lui-même parfois, décrivant sa propre attitude : « Si tu as du bon temps, prends-le et profites-en avec joie, ne cours pas après les sacrifices mais lorsqu’il te vient de la misère, avale-la avec la même sérénité que les bons moments et tu en auras bien assez ». C’est toute une règle de vie. S’il n’a pas couru après la misère, la misère, elle, a couru après lui! … et on sait combien il en a mangé dans la vie. Je n’aurais jamais cru qu’on homme comme Flavien puisse mourir comme tout le monde, tout simplement dans un lit !

Toutes ses œuvres étaient basées sur sa grande foi. Sa vie de prière alimentait son zèle. Tout pour lui devenait une prière, tant lors des réussites que lors des déboires. Sa retraite dans son ashram dans le grand dénuement a été simplement la réalisation de son rêve, la continuation de son œuvre par la contemplation, l’accueil de toute personne ayant besoin de soutien, Et son ouverture à cette nouvelle vie éternelle qui s’ouvrait à lui par ces derniers mots :

« Viens Seigneur Jésus »