Frère Fernand Madore, c.s.c.
Lettre au frère Faustin Laplante, c.s.c. , 24 août 1981
Mon premier souvenir indélébile du frère Flavien est mon premier Noël au Bengale. C’était en 1947. Un Noël de pauvre parmi les pauvres dans le grand hangar qui abritait ses 100 orphelins de Diang. Après la messe de minuit, quelle joie, quel délire quand, pour le réveillon, Flavien distribue des oranges toutes dorées et fraîches.
Et je le vois tirer avec ses enfants la charrette qui apporte les provisions de la ville… il est couvert de boue, il sue sang et eau mais c’est la joie de la dure montée de ces collines qu’il continue d’habiter de son grand rêve de cinquante ans !
Que de randonnées à la pêche avec lui ! On sera trois jours en mer. Tout ce qu’il apporte est une bouteille d’eau fraîche et des biscuits secs plein ses poches. Encore réussira-t-il à partager avec ses pêcheurs son brin d’eau douce.
Ils sont là devant lui assis par terre sous les arbres, plus de 400 pêcheurs qu’il harangue de la magie de son verbe puissant qu’il rythme de grands coups de bâton sur l’arbre d’à côté. On acquiesce. On applaudit, «Ah ! ce qu’il parle bien !», qu’ils disent. Et Flavien de me faire remarquer : «Tu vois comme ils ont compris. Je n’aurai pas la tête tournée qu’ils continueront tout comme ci-devant. Une des preuves que l’Église est divine, c’est que le Seigneur a choisi des pêcheurs pour la fonder !».